En 1993, à Chicago, leurs appartements se font face, chacun au troisième étage, séparés par une étroite ruelle. Ils s’épient, apprennent à se connaître, de loin, en secret, tentent de tout apprendre de l’autre de ce qu’ils voient et imaginent en interprétant les images accrochées au mur, les livres lus, les vinyles écoutés. Il la trouve belle et cultivée, elle aime sa minutie quand il travaille à ses photographies. L’observation vire à l’obsession. Ils vont bien sûr se croiser, s’aimer, se marier, avoir un enfant. Mais cette situation initiale — si loin si proches — ne variera pas, variant seulement les échelles (de très proches à très loin). Nathan Hill fait de ce chapitre initial, magnifique, le point de départ d’un très grand roman, mêlant couple et chronique, récit et réflexions très aiguës sur ce qui fait nos quotidiens, de l’amour à Facebook, en passant par le complotisme ou les algorithmes.
Rompue à l’écriture des « choses » et du « monde », et plus généralement à ce que d’aucuns appellent « paysage », c’est-à-dire à l’ensemble des formes, essences, phénomènes et modalités selon lesquels le monde extérieur se présente à nous, Virginie Gautier a pris cette fois, pour objet et sujet, la nuit.
18 mai 2026. Même si les ouvrages lus, ou à lire, en ce mois de mai, n’ont dans leur grande majorité que peu de liens avec le cinéma, il est incontournable de suivre au quotidien ce qui se projette à Cannes. Si Albert Serra avait pu finir à temps Out of This World notre vigilance aurait été au plus vif ; mais quelques films en compétition nous font déjà de l’œil, comme par exemple Soudain de Ryûsuke Hamaguchi (voir plus loin).
« Les hommes politiques ne lisent pas de livres », a coutume de répéter Pacôme Thiellement. Sans doute ne lisent-ils pas du tout. À tel point que leur fréquentation du langage, de la parole, se trouve biaisée dès lors qu’ils l’utilisent, qu’ils la profèrent.
Dans Peine Kapital, Marie José Mondzain interroge les « angles morts » de ChatGPT.
« La poésie de Derrida » a dit un jour Emmanuel Lévinas (dans Noms propres) ; « Derrida écouté comme une musique » a dit de son côté Guy Petitdemange (dans « Philosophes & philosophies du XXè siècle »). Alors que paraissent de nouvelles éditions de certains de ses textes (le séminaire « La Chose », des années 1975-1977, mais aussi les discours et lettres politiques « Force de loi », « Voyous » et « Fichus »), on peut citer à nouveau Guy Petitdemange : « Comment en parler ? Faut-il en parler ? ».
Etty Hillesum. Un nom que j’ai découvert au détour d’un cours de philosophie morale sur « Le mal ». À la suite de la lecture du Concept de Dieu après Auschwitz, de Hans Jonas, je plonge dans la Vie bouleversée, d’une jeune universitaire dont je n’ai jamais entendu parler. Je découvre alors le journal intime qu’elle a tenu de 1941 à 1943 avant d’être assassinée, ainsi que toute sa famille, à Auschwitz, parce que juive.
Nous sommes des milliardes, aux éditions Lanskine, est un livre à mettre entre toutes les mains et de manière urgente.
Deuxième partie de l’entretien que Pierre Chopinaud, à l’occasion de la publication de L’Ancien Enfant, a accordé à Selma Laghmara pour Diacritik.
L’Ancien Enfant, second roman de Pierre Chopinaud, sédimente une intervention littéraire singulière et radicale dans le champ littéraire contemporain.
Huit ans après My Absolute Darling, Gabriel Tallent signe un nouveau roman virtuose, La Voie. Deux lycéens, Dan et Tamma, poursuivent leur rêve : grimper ensemble toute leur vie. Deux adolescents du désert qui s’échappent de chez eux, la nuit, pour escalader à l’aube, avant d’aller en cours. Deux amis évoluant dans des familles désargentées, fumant des joints et rêvant de faire corps aux canyons. Un roman d’escalade subversif, où « espérer est synonyme de terreur et d’exposition ».
Sont dites « adventices » les plantes qui poussent ici ou là, ce que l’on appelle aussi les « mauvaises herbes ».
Deux livres de Forough Farrokhzâd viennent de paraître simultanément dans une nouvelle traduction : l’un rassemble des textes en prose (principalement des lettres, avec des nouvelles, un récit de voyage en Europe, le scénario de la Maison est noire, quelques articles et des entretiens) ; l’autre, l’œuvre poétique complète, qui comprend cinq recueils, La Prisonnière (1954), Le Mur (1955), Rébellion (1956), Une autre naissance (1964) et Croyons à l’approche de la saison froide (posthume).
Le Palmier entraîne le lecteur sur les pas de Vive, huit ans, dans un jardin en apparence merveilleux et protecteur mais soumis à des intrusions violentes et à la mort. « Le langage est un rempart contre l’oubli », confie Valentine Goby. Dans ce parcours vers un dévoilement final, l’enquête menée par Vive sur ce palmier, qui n’est pas qu’un palmier, déploie une poétique du dédoublement et de l’attention au détail, au monde, à sa beauté et à ses failles, comme le souligne l’entretien que l’autrice nous a accordé.
Il y a aujourd’hui exactement 50 ans que Martin Heidegger a disparu et force est de constater que le grand philosophe du XXème siècle, né en 1889, ne fait à cette occasion l’objet d’aucun hommage ou commémoration en France, sa réputation étant sans aucun doute lestée par le poids des régulières publications accusatrices. Pourtant : « Ceux dont on ne dit plus le moindre mot, ceux que l’on prétend avoir réfutés exercent leur effet avec le plus de force — ils jettent même dans une constante inquiétude ceux qui ne leur ‘’tiennent tête’’ qu’en les évitant. »